Henry Druey - L'homme


Discours présenté le 1er juin 2000 par Christiane DRUEY, à l’occasion de la commémoration du 150ème anniversaire de la Présidence de la Confédération par Henri Druey en 1850 – Société des Bourgeois de Faoug, écrit à partir d'extraits tirés du livre «Henri Druey 1799-1855» d’André Lasserre (bibliothèque historique V.D. 949.47.V.D.1).

Henri Druey est l’une des personnalités les plus remarquables qu’aie connu le canton de Vaud.

Homme d’état et révolutionnaire, il a joué dans notre histoire un rôle déterminant.

Né à Faoug le 12 avril 1799, où ses parents avaient une auberge, il eut trois frères et deux sœurs. Sa scolarité se déroula à Faoug, puis à Morat, Avenches et à 15 ans il partit à Berne, où il apprit l’allemand et le latin. Sa mère jurassienne parlait le français. Sa grand-mère Druey-Cornaz eut beaucoup d’affection et d’influence pour le jeune Henri.

Le pasteur Piguet et son épouse furent pour lui une rencontre capitale, ils furent, jusqu’à la fin de leur vie, des parents intellectuels et spirituels.

Il obtint son brevet de capacité et la pratique des affaires chez le notaire Briod à Lucens. Ensuite étude de philosophie, puis de droit à Lausanne où il obtint sa licence en 1821. Il poursuivit ses études en Allemagne où il fut élève de Hegel, puis à Paris où il côtoya Benjamin Constant, Metternich, Chateaubriand, avant de séjourner en Angleterre.

Retour en Suisse en 1826, avec un solide bagage. Ses voyages lui ont fait voir un monde plus grand que son canton.

On a peu d’échos sur ses premiers pas dans la vie active. Ayant obtenu son brevet d’avocat en 1828 et la patente la même année, il s’installa à Moudon. Il y rencontra Caroline Burnand, qu’il épousa en 1830. Ce fut un mariage heureux, mais ils n’eurent pas d’enfants.



L’homme
C’était un homme tourné vers l’avenir, un précurseur. Philosophe, il était un homme d’action, et homme d’action il se voulait toujours philosophe. Intellectuel, c’était un être émotif, mais réfléchi. Il faisait preuve d’inflexibilité et d’opiniâtreté dans la poursuite des résolutions prises. Même dans ses actes de passion il restait maître de lui.



L’homme politique
Armé de ses fortes connaissances, de sa grande puissance de travail, il fut rapidement un homme politique de premier plan dans le canton. Son habilité à pénétrer les besoins populaires se doublait d’une non moins grande maîtrise de l’expression oratoire. Il réunissait en effet deux qualités, l’émotivité et la réflexion. A l’époque, dans le canton, ils n’étaient pas nombreux ceux qui pouvaient prétendre à de telles qualités.

Lors de la révolution de 1830 et de la constituante vaudoise, il était député au Grand Conseil. Il suggéra la représentation inégale des cantons à la Diète, proportionnellement à leur population.

Il participa activement à la lutte pour la liberté de culte et la séparation de l’Eglise et de l’Etat.

Il préconisa les votations dominicales pour que les travailleurs y participent.

Député à la Diète, il dut se rendre à Lucerne, alors Vorort ; ce fut ses débuts en politique nationale et cela accrut sa popularité.

Il s’occupa du problème neuchâtelois ; à son avis le peuple n’hésiterait pas à quitter le roi de Prusse pour se rattacher complètement à la Confédération, et il ne se trompait pas. L’aristocratie neuchâteloise et bernoise, d’ébranler et d’anéantir, par les moyens les plus divers, l’influence énorme qu’il exerçait sur l’esprit de ces concitoyens vaudois et confédérés. Il défendit les milieux ruraux, contre les citadins lors de sa mission à Bâle.

Le problème de la révision du Pacte Fédéral de 1815 est à l’origine de la scission entre Druey et le juste milieu. Il provoqua aussi la naissance du radicalisme et fut longtemps le germe de divisions gauche-droite.

Il a combattu en vain pour une constituante, et c’est grâce à des hommes tels que Druey, Troxler et Fazy que l’œuvre de 1848 put être menée à bien.

Le journal lausannois, dont il fut directeur, fut le véhicule de sa pensée, l’instrument de sa popularité et l’agent de la victoire du radicalisme.

Il prenait parole lors de tirs fédéraux, la seule tribune où les hommes politiques pouvaient s’adresser à un large public accouru de toutes les parties du pays, même des cantons où il n’y avait pas la liberté d’expression.

Il créa la situation de départ, d’où découlèrent les événements de février 1845. C’est au sommet d’une échelle qu’il s’adressa aux Vaudois. Son but était clair:
- s’appuyer plus largement sur le peuple et reconstituer l’édifice gouvernemental et administratif,
- faire triompher dans tous les domaines la souveraineté populaire.

La révolution à peine terminée, Druey partit pour Zurich, où se tenait la Diète extraordinaire, la difficulté fut la reconnaissance de la députation vaudoise et le gain de voix des cantons catholiques du centre.

L’année suivante, en 1846, on accusa Druey et les Vaudois d’avoir participé directement à la révolution de Genève animée par James Fazy.

En politique fédérale, il eut un rôle déterminant dans la nouvelle constitution, tout en assurant le fondement juridique de la formation du nouvel état.